mardi 14 février 2012

Comment l'amour se niche dans les neurones

Une équipe de neuroscientifiques suisses a décrypté les circuits du désir dans le cerveau.

Il ne faut pas forcément blâmer le partenaire quand une femme souffre d'un manque de désir sexuel, mais cela peut être révélateur d'un dysfonctionnement de certains circuits neuronaux. C'est ce que viennent de montrer Francesco Bianchi-Demicheli et ses collègues de l'université de Ge­nève, qui ont fait passer des IRM fonctionnelles (imagerie du cerveau en action) à une trentaine de femmes dont la moitié souffrait d'un manque de désir.

Simultanément, les chercheurs leur ont diffusé des images érotiques ou neutres pour voir ce qui se passait. Ils ont alors remarqué que les femmes à la libido en berne avaient une activation beaucoup moins forte des régions profondes du cerveau normalement impliquées dans les émotions, comme si elles avaient plus de mal à associer les images érotiques à des souvenirs agréables. La solution proposée par les sexologues demandant dans ces cas à leurs patients de se remémorer des souvenirs de couple plaisants pour redynamiser ces circuits neuronaux va donc dans la bonne voie.


Un résultat en phase avec ceux du psychiatre et chercheur français Serge Stoleru. Dès 1999, son équipe avait montré, grâce à une autre technique d'imagerie cérébrale, le Pet-Scan, une dévalorisation des stimuli sexuels chez les femmes souffrant d'un manque de libido «en relation avec une activation exagérée du cortex ventromédial». Autrement dit, chez ces femmes, il y avait moins de chances qu'elles trouvent excitante une stimulation que les autres femmes jugent érotique.
Mais un autre résultat avait alors laissé les chercheurs dubitatifs. On observait en effet une augmentation du débit sanguin cérébral dans certaines régions. L'hypothèse était alors que: «en l'absence de stimulation sexuelle, certaines régions du cerveau exercent un contrôle inhibiteur tonique, c'est-à-dire en continu, sur l'excitation sexuelle et pour qu'apparaisse une excitation sexuelle, la levée d'une telle inhibition est nécessaire». Comme si un «frein à main» était serré en permanence et qu'il ne se desserrait qu'au moment où la situation, le contexte, le permettait.

Cette fois, le travail de l'équipe genevoise va encore plus loin puisqu'il définit tout un réseau cortical dont le chef d'orchestre, le lobe pariétal inférieur, semble beaucoup (trop?) s'activer en cas de manque de désir. Du coup, des régions cérébrales impliquées dans des fonctions cognitives supérieures telles que l'image du corps, les pensées sociales seraient exagérément présentes par rapport aux femmes sans problème de libido. Là encore, les neurosciences rejoignent le modèle du désir perturbé par des considérations qui ne sont pas directement liées à la qualité du partenaire, mais au fait, par exemple, d'être focalisé sur ses complexes, ses défauts physiques ou d'autres préoccupations au sens large.
Bianchi-Demicheli relativise toutefois ces travaux: «Il faudrait faire des études basées sur des stimuli auditifs, car ils sont, chez beaucoup de femmes, associés à des hauts niveaux d'excitation.»