samedi 20 août 2011

Cancers du sang: des chercheurs anglais travaillent sur un dérivé de l'ecstasy


Des chercheurs de l'université anglaise de Birmingham ont découvert une forme modifiée de l'ecstasy (MDMA), 100 fois plus efficace pour détruire les cellules cancéreuses que la drogue elle-même, ouvrant la voie à une possible application thérapeutique.
Les chercheurs sont partis de recherches menées il y a six ans montrant que la moitié des cancers des cellules sanguines examinées en laboratoire réagissaient aux propriétés des psychotropes ayant pour effet de supprimer leur croissance.
Les psychotropes, qui agissent principalement sur l'état du système nerveux central, comprennent aussi bien des dérivés d'amphétamines tels que l'ecstasy, des antidépresseurs comme le Prozac ou des substances amaigrissantes.
A l'époque, l'équipe de l'université de Birmingham avait souligné la difficulté de traduire ces résultats initiaux en médicaments, car la dose d'ecstasy nécessaire pour traiter une tumeur aurait été fatale pour le malade.
Des travaux menés avec des collègues australiens (University of Western Australia) ont permis d'identifier des formes beaucoup plus efficaces à moindre dose.
L'étude publiée en ligne vendredi dans "Investigational News Drugs" montre que ces formes modifiées d'ecstasy étaient capables d'attaquer et de détruire les cellules cancéreuses avec une efficacité cent fois supérieure.
Ces résultats préliminaires ouvrent la voie à des utilisations potentielles pour les traitements de cancers tels que les leucémies, lymphomes et myélomes.
"Nous ne voulons pas donner de faux espoirs aux gens, mais les résultats de notre recherche offrent un potentiel pour améliorer les traitements dans les années qui viennent", a indiqué le professeur John Gordon, dans un communiqué publié par l'université de Birmingham.
L'équipe espère progresser vers des études pré-cliniques, précise le communiqué.
Le docteur David Grant, dont l'association Leukaemia and Lymphoma Research, a contribué au financement des travaux, estime qu'il s'agit d'"un pas significatif vers le développement d'un nouveau traitement potentiel".
"Bien des types de lymphomes (cancers du système lymphatique) restent très difficiles à traiter et nous avons désespérément besoin de médicaments efficaces, avec peu d'effets secondaires", a-t-il observé

La dépendance (addiction) est surtout une maladie du cerveau selon une nouvelle définition


Une nouvelle définition de la dépendance (addiction) est proposée par l'American Society of Addiction Medicine (ASAM). La dépendance est une maladie chronique du cerveau et non simplement un problème comportemental impliquant des excès d’alcool, drogues, nourriture, jeux ou sexe, selon la nouvelle définition, qui s'appuie, indique l'ASAM, sur des travaux menés pendant 4 ans par plus de 80 experts internationaux.

Les comportements sont des manifestations d'une maladie sous-jacente qui implique différentes parties du cerveau. Et, selon cette nouvelle définition, la dépendance est une maladie primaire, c'est-à-dire qui n'est pas le résultat de problèmes émotionnels ou psychiatriques.

"La maladie de la dépendance", indique un communiqué de l'ASAM, "affecte la neurotransmission et les interactions au sein des circuits de récompense du cerveau, conduisant à des comportements addictifs qui supplantent les comportements sains, tandis que les souvenirs d'expériences antérieures avec la nourriture, le sexe, l'alcool et les drogues déclenchent l'envie de consommer et la répétition des conduites addictives. En même temps, les circuits du cerveau qui régissent le contrôle des impulsions et le jugement sont également altérés, ce qui a pour conséquence des dysfonctionnements dans la poursuite de récompenses telles que l'alcool et les drogues".

"La maladie crée des distorsions de la pensée, des émotions et des perceptions, qui poussent les gens à se comporter de façons qui ne sont pas compréhensibles pour les autres autour d'eux. Autrement dit, la dépendance n'est pas un choix. Les comportements de dépendance sont une manifestation de la maladie, et non une cause," dit le Dr. Raju Hajela, ancien président de la Canadian Society of Addiction Medicine et président du comité de l'ASAM chargé de la redéfinition de la dépendance.

Cette nouvelle définition fera sans doute l'objet d'une controverse. À notre sens, elle frôle le réductionnisme en minimisant l'interaction avec d'autres facteurs tels que les facteurs psychologiques (dont la personnalité, les valeurs...) et les facteurs sociaux et environnementaux. Le poids de ces différents facteurs dans la détermination des comportements peut être variable d'une personne à l'autre

vendredi 19 août 2011

Cancer de la prostate : un test sanguin possible ?


Suite à la découverte de cinq variations génétiques héréditaires liées aux cancers le plus agressif de la prostate, des chercheurs américains espèrent mettre au point rapidement un test sanguin capable de faire la distinction entre une tumeur exigeant un traitement de choc pour l’éradiquer et une à évolution plus lente ne requérant dans un premier temps qu’une simple surveillance.

Selon les dernières données épidémiologiques, chaque année, plus de 40 000 français sont touchés par ce type de cancer. Ce qui fait de ce dernier le premier cancer de l’homme. Plus il est détecté tôt, plus il est facile à traiter. D’où l’intérêt de mettre au point de nouvelles techniques permettant des diagnostics précoces.

A partir d’analyses génétiques poussées, Janet Stanford, du Hutchinson Center dans le Maine aux Etats-Unis, et ses collègues ont réussi à identifier cinq variations génétiques qui seraient liées à la forme la plus agressive de cancer de la prostate. D’après les résultats qu’ils ont publié dans la revue Cancer Epidemiology, Biomarkers and Prevention, les chercheurs espèrent pouvoir aboutir rapidement à la fabrication d’un test sanguin qui permettra de faire le distinguo entre les différentes formes de cancer.

 Selon Janet Stanford, cette découverte pourrait permettre de modifier considérablement l’approche de la maladie et d’offrir aux patients des traitements adaptés à leur maladie. Ainsi, il devrait être possible d’épargner à certains d’entre eux des traitements particulièrement lourds et inutiles
source AFP

Des chiens pour détecter… le cancer du poumon

Surprenante conclusion d’un travail mené en Allemagne et publié dans le European Respiratory Journal, des chiens renifleurs pourraient être utilisés pour détecter précocement certains cancers du poumon. Pas si surprenant, en fait… Dans la médecine chinoise déjà, les chiens étaient utilisés pour reconnaître les diabétiques à l’odeur sucrée de leur urine. Et Hippocrate avait lui-même remarqué l’intérêt des abeilles pour l’entrejambe de nobles diabétiques, dont la toge pouvait être tachée d’urines sucrées…

La méthode utilisée par les chercheurs de l’Hôpital Schillerhoehe de Gerlingen en Allemagne, a reposé sur l’identification de composés organiques volatils liés au cancer. Ils ont donc utilisé des chiens renifleurs. Leur but : observer si les canidés étaient en mesure de détecter de façon fiable le cancer du poumon .

Un marqueur du cancer du poumon dans l’haleine ?

Ils ont travaillé avec 220 volontaires, dont des patients atteints d’un cancer du poumon , de broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO), et naturellement des patients en bonne santé aux fins de contrôle. Résultats, les chiens spécifiquement formés à cet effet, ont correctement identifié (voir la photo ci-contre montrant l’un des chiens participant à l’étude) 71 échantillons provenant de patients atteints d’un cancer du poumon (sur 100 possibles). Ils ont également détecté correctement 372 échantillons appartenant aux volontaires sains (sur 400 possibles).

Selon Thorsten Walles, auteur principal de cette étude, « il existerait des différences entre l’haleine d’un patient atteint d’un cancer du poumon et une personne en bonne santé. L’odorat des chiens pourrait capter cette différence. Nos résultats confirment la présence d’un marqueur stable du cancer du poumon . C’est un grand pas en avant dans le diagnostic, mais nous avons encore besoin d’identifier précisément les composés observés dans le souffle des patients. » Une découverte encourageante qui le pousse à regretter sur le ton de la plaisanterie, que les chiens ne puissent communiquer sur ce qu’ils sentent… »

Source : European Respiratory Journal, 17 août 2011

Un traitement révolutionnaire contre tous les virus en développement


Des chercheurs du prestigieux MIT, Massachussetts Insitute of Technology, avancent sur la mise au point d’un traitement révolutionnaire qui serait efficace contre tous  les virus, rapport le magazine Time.

Le traitement appelé Draco, pour double-stranded RNA activated caspase oligomerizers, pourrait être aussi efficace contre les virus que les antibiotiques contre les bactéries. Lors d'essais en laboratoires sur des cellules animales et humaines, ce nouveau traitement s’est montré efficace contre 15 virus dont celui de la grippe H1N1, du rhume commun, de la dengue, de la polio et plusieurs types de virus responsables de fièvres hémorragiques.

«En théorie, ça devrait marcher contre tous les virus», avance Todd Rider, l’un des scientifiques responsables du laboratoire Lincoln du MIT, à l’origine de cette découverte. Les premiers résultats ont été publiés dans le journal scientifique PLos ONE.

Pour obtenir un tel résultat, les chercheurs du MIT ont adopté une nouvelle stratégie: pousser les cellules infectées au «suicide» pour laisser place aux seules cellules saines. Quand un virus attaque les cellules saines, il s’approprie les capacités de celles-ci à se répliquer et les utilisent à ses fins pour se multiplier. Lors de ce processus, «le virus produit des ARN double-brin, un marqueur indiquant que la cellule est infectée», précise Time magazine. Ensuite, quand le virus a fini de se répliquer, il tue la cellule hôte et passe aux suivantes.

Pour combattre l’infection virale, «les cellules humaines disposent de protéines qui s’attachent  à l’ARN double-brin et déclenche une cascade de réactions qui stoppe la réplication des virus». Todd Rider a eu l’idée de combiner ces protéines avec une autre protéine qui pousse les cellules au suicide grâce au phénomène naturel appelé apoptose ou mort cellulaire programmée. Résultat: le traitement génère une autodestruction de toutes les cellules infectées.

Disponible dans dix ans

En laboratoire, Draco a déjà permis de guérir des souris infectée par le H1N1. Les chercheurs pensent que les traitements pourraient potentiellement stopper les épidémies liées à de nouveaux virus comme celui du SRAS. Des tests sont actuellement menés sur des souris avec d’autres virus et les scientifique en charge du projet espèrent obtenir l’autorisation d’essais cliniques sur d’autres animaux avant de passer à l’être humain.

Selon le Daily Mail, ce nouveau médicament «pourrait se retrouver sur les étagères des pharmacies d’ici dix ans». Dans un entretien accordé au journal britannique, le docteur Rider fait part de son optimisme:

«La découverte des antibiotiques a révolutionné le traitement des infections bactériennes. Nous espérons que ceci va révolutionner le traitement des infections virales.»

Draco pourrait permettre de combattre efficacement des virus contre lesquels les traitements sont limités, notamment les hépatites et le VIH, le virus provoquant le Sida. «Il est certainement possible que le traitement ne fonctionne pas avec certains virus, mais pour le moment, nous n’en avons pas trouvé», assure Todd Rider.

Enurésie et troubles de la mémorisation : une étude en IRM fonctionnelle

L’énurésie nocturne primaire (ENP) affecte jusqu’à 20 % des enfants de 5 ans. Elle est définie comme une miction nocturne involontaire au-delà de 5 ans, à un âge où le contrôle vésical nocturne est attendu. Plusieurs facteurs ont été incriminés : génétiques, défaut de sécrétion de la vasopressine, trouble de conscience nocturne et dysfonction vésicale. Récemment, un trouble de l’attention et de la mémoire et un syndrome d’hyperactivité a été décrit chez certains enfants souffrant d’ENP. Ces troubles de l’attention et de la mémoire sont très semblables à ceux observés dans les atteintes fonctionnelles du lobe frontal. En particulier, la mémoire active joue un rôle essentiel dans les processus d’apprentissage, de mémorisation, de pensée et résolution des problèmes.

Des auteurs chinois ont étudié 13 enfants droitiers âgés de 11,4 ± 0,8 ans, atteints d’ENP, sans troubles urologiques ou neurologiques, en comparaison de 15 enfants normaux, appariés pour l’âge. Ces 28 enfants ont subi des tests psychométriques permettant d’analyser par l’échelle de Wechsler le QI global et 11 tests individuels incluant 6 verbaux explorant l’information, la compréhension, le triage par catégories, l’arithmétique, les nombres, le vocabulaire et 5 tests  de manipulation et d’arrangement. A partir de ces tests, ont été calculés le QI global, le QI verbal (QIV) et le QI de procédure (QIP). Pour tester l’activation cérébrale avec l’IRM, des stimulations graphiques ont été utilisées, explorant la mémoire active, faisant appel à des dessins d’animaux ou d’objets. Le signal pour appuyer sur un bouton A ou B était les 2 derniers dessins d’une série, animaux ou non, suivis d’un dessin de raton laveur. La localisation des zones cérébrales activées a été faite par des séquences IRM spécifiques (echo-planar T2).

Les tests psychométriques n’ont pas révélé de différences dans le groupe ENP et dans le groupe témoin en ce qui concerne le QI global, le verbal et le QI de procédure. Néanmoins, les tests explorant l’arithmétique, les nombres et la mémoire immédiate ont fourni des résultats significativement plus bas dans le groupe PNE. A l’IRM fonctionnelle, les enfants énurétiques avaient un pourcentage de réponses correctes plus bas et un temps moyen de réaction plus élevé que les témoins (p<0,05). Le degré d’activation de la partie postérieure gauche du cervelet était moins élevé dans le groupe ENP que chez les témoins (p<0,001) alors que les activations des aires cérébrales étaient comparables.
Au total, l’ENP parait s’accompagner d’un déficit de la mémoire active avec une dysfonction cérébelleuse.

Yu B et coll. Evaluation of working memory impairment in children with primary nocturnal enuresis: evidence from event-related functional magnetic resonance imaging. J Pediatr Child Health 2011;47:429-35

jeudi 18 août 2011

Porteur de staphylocoques ? Buvez du thé (ou du café)

En 2005, plus de 278 000 Américains ont été hospitalisés pour infection à MRSA (staphylocoque résistant à la méticilline), et plus de 6 500 en sont morts. Les Américains ont peur des MRSA, ils ont même écrit des best-sellers avec (NDLR : "Etat critique", de Robin Cook). Conséquence logique : ils étudient tous les moyens de s’en débarrasser. Et viennent peut-être de trouver une partie de la solution là où on ne l’attendait pas : dans la tasse de petit noir ou celle de thé du matin.

Etude, donc, de l’effet de ces deux breuvages que certains consomment tous les jours sur le portage des staphylocoques, et en particulier des MRSA, après avoir remarqué que les propriétés bactéricides du thé et du café sont connues depuis longtemps, au moins in vitro : sur Vibrio cholerae, E. coli, shigelles, salmonelles ou le staphylocoque lui même pour le premier, sur E coli, les salmonelles ou encore une fois les staphylocoques pour le second. Restait à déterminer s’il existait vraiment un rapport entre la consommation de ces plantes et le portage nasal de staphylocoques. C’est ce que viennent de faire E M Matheson et col., grâce à une analyse des données 2003- 2004 de la National Health and Nutrition Examination Survey dont les détails de mise en œuvre, évidemment assez complexes, sont largement explicités dans l’article. Selon cette analyse, en régression logistique prenant en compte l’âge, la race, le sexe, les revenus, l’état de santé dont une éventuelle hospitalisation dans l’année et la prise d’antibiotiques, les individus consommant du thé chaud hébergeaient moitié moins souvent de MRSA que ceux qui n’en boivent pas (odds ratio 0,47, IC 95 % 0,31-0,71), des résultats quasiment superposables étant retrouvés avec le café ou en cas de consommation combinée.

Cette étude présente manifestement quelques limites, en premier lieu celle de manquer de la puissance statistique nécessaire à détecter d’éventuels seuils de consommation efficaces, alors même que les auteurs avaient divisé la population étudiée en fonction des quantités de thé et de café consommées. Elle conforte quelques très rares études cliniques, qui avaient clairement suggéré (par exemple) l’intérêt du café sur des ulcères de décubitus surinfectés par MRSA. Pour Matheson, une conclusion s’impose, celle de l’utilité de cette "nouvelle" arme, accessible et peu onéreuse, pour lutter contre le staphylocoque. Les mécanismes, littérature médicale à l’appui, sont au moins partiellement connus : acides taniques ou catéchines pour le thé, molécules comme trigonelline, glyoxal et diacétyl pour le café seraient à l’œuvre ; la caféine et/ ou la théine n’y seraient pour rien, ce qui expliquerait pourquoi les soft-drinks et autres sodas enrichis ne fonctionnent pas. A vos tasses !


Dr Jack Breuil
Matheso EM et coll. Tea and coffee consumption and MRSA nasal carriage. Annals of Family medicine 2011; 4: 299- 304

En bref / Pour vivre plus vieux… Éteignez vos postes de télévision

Depuis quelques décennies, la télévision a pris une place importante dans la plupart des foyers. Source d’information et de divertissement par excellence, elle n’en est pas moins critiquée… Dernière détractrice en date vers le petit écran vient d’une une étude australienne, publiée dans la revue British Journal of Sports Medicine, qui montre que plus on regarde la télévision passé un certain âge plus on réduit son espérance de vie.

Souvent présente en plusieurs exemplaires dans les maisons , la télévision est la cible de nombreuses attaques. c’est avec le plus grand sérieux que des chercheurs australiens de l’Université du Queensland ont étudié le comportement de 11 000 personnes, notamment vis à vis de la place que prend le petit écran dans leur vie et l’impact que cela à sur leur santé.
Ils ont ainsi constaté que passé l’âge fatidique de 25 ans, chaque heure restée à regarder la télévision entrainait une diminution de 22 minutes de l’espérance de vie. Toutefois, ce n’est pas cette dernière qui est responsable de cette réduction importante de notre longévité, mais plutôt les mauvaises habitudes qui en découlent.
Selon les chercheurs, le fait de rester scotcher devant son écran de télévision fait partie d’un mode de vie pas vraiment sain pour l’être humain, tant au niveau alimentaire que de la pratique d’activités physiques. Un conseil… Mangez plus sainement, bougez plus et détendez vous après devant votre série préférée.

mercredi 17 août 2011

Le paracétamol predispose à l’asthme du nourrisson

Plusieurs des études qui font le lien entre paracétamol et asthme du nourrisson sont entachées par un biais, l’utilisation préférentielle du paracétamol chez les bébés « siffleurs », quand elles sont transversales, et par un facteur de confusion, les infections respiratoires, à la fois motif de prescription du paracétamol et facteur déterminant de l’asthme. L’enquête prospective de A Amberbir et coll. évite le biais et tient compte du facteur de confusion.
Cette enquête est « nichée » dans le programme de santé publique d’une région d’Ethiopie en grande partie rurale. Une cohorte de naissances a été formée avec un millier de singletons nés en 2005-2006.
Les mères ont été questionnées sur les infections respiratoires des enfants à 2 mois, et sur la prise de paracétamol, un wheezing (assimilé à de l’asthme) ou un eczéma à 1 an et à 3 ans. Les enfants ont bénéficié d’un examen des selles à 1 an et à 3 ans pour identifier une infestation par des nématodes transmis par le sol (ankylostomes, ascaris et trichuris).
Il y a eu relativement peu de sorties d’étude (10 % à 1 an, et 5 % de plus à 3 ans).
A 1 an, plus du tiers des enfants avaient été exposés au paracétamol, et 4 % étaient infestés par des géohelminthes.
La majorité (88,5 %) des enfants restant dans la cohorte à 1 an n’avait jamais eu de wheezing au cours de la 1ère année de vie. A 3 ans, 7,7 % des enfants indemnes à 1 an, soit environ 1 sur 13, avaient fait au moins un épisode de wheezing, autrement dit étaient devenus asthmatiques.
Il existait une association significative entre l’exposition au paracétamol au cours de la 1ère année et l’incidence de l’asthme entre 1 et 3 ans (p <0,01). Le risque d’asthme croissait avec la dose de paracétamol prise au cours du 12e mois :
- Odds Ratio ajusté=1,88 pour 1 à 3 comprimés (IC 95 % : 1,03-3,44),
- Odds Ratio ajusté=7,25 pour ≥4 comprimés (IC 95 % : 2,01-25,95).
L’ajustement sur les infections respiratoires ne réduisait que légèrement ces Odds Ratio. Le risque attribuable du wheezing à la prise de paracétamol au cours du 12ème mois était évalué à 20 %.
Les géohelminthes n’avait pas d’effet protecteur vis-à-vis de l’asthme, mais l’étude manque de puissance vu le faible taux d’infestation à 1 an.
Enfin, l’exposition au paracétamol la 1ère année et l’infestation par les géohelminthes à 1 an n’avaient pas d’influence sur l’incidence de l’eczéma entre 1 et 3 ans.
Malgré des réserves inhérentes à l’emploi de questionnaires chez des femmes en général peu instruites, cette étude devrait achever de convaincre les derniers sceptiques. Elle apporte deux arguments de poids en faveur d’un lien de cause à effet entre le paracétamol et l’asthme du nourrisson :
1) l’antériorité de la prise de paracétamol sur l’apparition du wheezing, et
2) un effet dose du paracétamol sur l’incidence du wheezing. La surveillance de la cohorte montrera ce que devient l’association au-delà de 3 ans.
Par quel enchaînement le paracétamol conduit-il à l’asthme du nourrisson ? Les auteurs rappellent que le paracétamol entraîne une déplétion de la teneur des poumons en glutathion, ce qui pourrait faire baisser les taux d’interféron alpha et d’IL-6 et favoriser la voie Th2.


Dr Jean-Marc Retbi

Amberbir A et coll. The role of acetaminophen and geohelminth infection on the incidence of wheeze and eczema. A longitudinal birth-cohort study. Am J Respir Crit Care Med 2011; 183 : 165-170

CRP et procalcitonine en première ligne chez l’enfant fébrile

L’examen clinique d’un enfant fébrile ne permet pas toujours à lui seul d’établir le diagnostic avec une complète certitude. La fièvre est parfois totalement isolée et il reste alors un risque, même minime, de passer à côté d’une infection évolutive qui justifierait la poursuite des investigations, un traitement antibiotique spécifique, voire une hospitalisation. Des examens de laboratoire rapides permettent de minimiser ce risque, et, devant un enfant fébrile, les praticiens demandent facilement au moins une numération des globules blancs et un dosage des marqueurs de l’inflammation. Les résultats sont obtenus rapidement, parfois même au cours de la consultation.
Une méta-analyse a été réalisée dans le but de préciser la valeur de ces examens dans la démarche diagnostique menée en ambulatoire pour un enfant fébrile. Quatorze études ont été retenues, mais les auteurs insistent d’emblée sur leur faible qualité méthodologique et le fait qu’elles sont toutes menées dans des services d’accueil d’urgence hospitaliers.
Les tests obtenant la meilleure valeur diagnostique sont le dosage de la C Reactiv Protein (CRP) et celui de la procalcitonine. Les auteurs estiment qu’une valeur seuil de la CRP de 80 mg/L doit fait suspecter une infection sérieuse avec un ratio de probabilité positive de 8,4 (5,1 à 14,1), alors qu’il est possible de considérer qu’une valeur inférieure à 20 mg/L permet d’écarter ce diagnostic. Plus pratiquement, ils considèrent qu’un enfant qui se présente aux urgences avec une fièvre > 39°5 C sans que l’examen clinique ne permette un diagnostic précis, a environ 1 risque sur 4 (23 %) d’avoir en réalité une infection sévère. Une CRP ≥80 mg/L porte cette probabilité à 72 % justifiant des explorations complémentaires voire une hospitalisation. Mais une CRP inférieure à 80 mg/L est encore associée à un risque de 15 %, et seule une CRP inférieure à 20 mg/L le réduit à moins de 5 %, seuil où l’enfant peut être confié à ses parents pour un retour à domicile.
Quant à la procalcitonine, si elle possède l’avantage de s’élever plus précocement que la CRP, elle est toutefois plus difficile à obtenir rapidement et plus chère à réaliser que la CRP. La méta-analyse a permis de fixer à 2μg/L le seuil de procalcitonine qui doit faire suspecter une infection sévère, alors qu’une valeur de 0,5 μg/L permet de l’écarter.
Et la formule leucocytaire me direz-vous ? Elle serait dans ce cadre moins utile que les marqueurs de l’inflammation, d’autant qu’une formule normale n’élimine pas le risque d’une infection évolutive. Son association à la CRP n’apporterait même aucune précision diagnostique.
Les auteurs estiment que l’attitude la plus performante est de combiner le dosage de la CRP, de la procalcitonine et un examen d’urines, attitude qui permet un ratio de probabilité diagnostique positive de 4,92 (3,26 à 7,43) et de probabilité diagnostique négative de 0,07 (0,02 à 0,27). Les travaux inclus dans cette méta-analyse étant menés dans des services d’urgence hospitaliers, cette conclusion ne s’applique toutefois que dans ce cadre et ne peut être étendue à la pratique de ville.


Dr Roseline Péluchon

Van den Bruel A et coll. Diagnostic value of laboratory tests in identifying serious infections in febrile children: systematic review. BMJ 2011;342:d308